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L’art contemporain : une imposture mondiale, un monopole français…



Aude de Kerros : « L’art contemporain est devenu une liquidité internationale puisque dans la globalisation, un certain nombre de gens font circuler de l’argent de poche sans que les douanes, les banques ou le fisc y mettent le nez… »

 

Aude de Kerros est graveur, peintre et essayiste. Elle a publié de nombreux ouvrages comme «L’art caché : les dissidents de l’art contemporain» ou «1983-2013 Années noires de la peinture : Une mise à mort bureaucratique ?». Lauréate du Prix Adolphe Boschot de la critique d’art en 2012, elle publie régulièrement des articles de décryptage dans différentes revues. Dans son dernier livre, intitulé «L’imposture de l’art contemporain», elle revient sur les liaisons dangereuses de l’artiste, du financier et du fonctionnaire dans l’art contemporain qui, dans ce domaine, constituent un trio infernal.

«L’imposture de l’art contemporain. Une utopie financière» d’Aude de Kerros est publié aux Éditions Eyrolles.

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Kernews : Vous commencez votre livre en rappelant que lors de la crise financière et la faillite de Lehman Brothers, tout s’est effondré, sauf l’art contemporain. Ainsi, vous estimez que ce n’est pas de l’art, mais un placement purement financier…

Aude de Kerros : Quand cette affaire intervient en 2008, l’art contemporain a déjà plus de 50 ans, puisque c’est une notion qui apparaît en 1960, pas sous ce nom, et c’est une autre définition de l’art qui surgit tout d’un coup : la définition conceptuelle, celle de Marcel Duchamp. Bien avant la guerre de 14, vous avez une quantité de courants artistiques, qui sont soit classiques, libres, d’avant-garde ou assez politisés, jusqu’aux années 60. Vous avez le courant abstrait, surréaliste, dada, fantastique ou le néoclassicisme… Tous ces courants apportent des choses nouvelles et, vers 1960, pour des raisons complexes, notamment l’usage politique de l’art et de la culture, parce que nous sommes en pleine guerre froide, il y a un courant qui s’impose institutionnellement et financièrement à New York. C’est le courant conceptuel, qui est en rupture totale avec l’Art moderne. Ce n’est plus de l’art, ce n’est plus esthétique. On ne juge plus sur un plan esthétique, mais uniquement sous l’aspect du concept.

Donc, l’art contemporain n’est pas de l’Art moderne. Mais pourquoi n’est-ce pas de l’art ?

Ce n’est pas de l’Art moderne et ce n’est pas de l’art, parce que ce n’est pas un langage esthétique qui prédomine dont le but serait l’accomplissement de ce langage esthétique. L’art, c’est au-delà des mots, c’est un langage particulier, c’est quelque chose qui dit autre chose et d’une autre façon que les mots. Or, le conceptualisme est un courant qui passe d’abord par les mots, et les formes sont un accessoire. On va parler d’une nouvelle avant-garde pendant quelques années, mais, en 1975, pour des raisons politiques, on va appeler art contemporain ce courant conceptuel. De cette façon, tout ce qui ne sera pas conceptuel ne sera plus contemporain. C’est-à-dire que tous les autres courants qui existent encore vont être accusés d’être anachroniques, à l’envers de l’histoire, populistes, fascistes ou de l’ordre de l’artisanat ou de l’art du dimanche… 80% des artistes sont donc complètement déconsidérés. Dans tous les pays du monde, il y avait deux univers : le monde de l’art contemporain, qui est un monde financier et institutionnel, et le monde de l’art qui avait son marché propre. On vivait à côté, sans se gêner. Ce n’était pas le même public, ni le même métier. Seulement, il s’est passé quelque chose de grave en France. Il y a eu une organisation de la direction de l’art au ministère de la Culture par plusieurs grandes institutions et, à ce moment-là, on a installé un art officiel qui est l’art contemporain. Tous les autres courants étant considérés comme complètement dépassés ou non contemporains. C’est le seul pays où cela s’est produit et c’est très grave ! On a stérilisé la place de Paris, qui était pourtant le lieu où les gens du monde entier venaient. Il y avait un public pour tous les courants, il y avait la possibilité d’être consacré, parce qu’il y avait des critiques d’art et de l’intérêt pour cela. Quelqu’un qui arrivait du Japon ou de Chine pouvait être visible. Depuis 1870, l’État s’était retiré de toutes les commissions et de toute influence dans les milieux artistiques, en demandant aux artistes d’être responsables d’eux-mêmes : «On vous offre un Grand Palais pour faire des salons et des expositions, mais nous ne nous mêlerons pas de choisir les artistes qui entreront». Or, dans notre système actuel en France, ce sont des fonctionnaires inspecteurs de la création qui distribuent des subventions, organisent les grands événements, disent ce qui est de l’art ou non, désignent les bons et se permettent aussi de désigner les méchants, en disant que ce sont des gens abominables.

Finalement, vous dénoncez, non pas l’art contemporain, mais l’étatisation de l’art en France…

Exactement. L’art contemporain est fait pour remplir d’autres missions que celles traditionnellement attribuées à l’art. J’explique que ce produit a d’abord évolué de décennie en décennie et, après la chute du mur de Berlin, la globalisation et l’hégémonie américaine, vous avez aussi une globalisation financière et l’art contemporain devient un système et une organisation financière à la fin des années 90. Il est même façonné de façon à devenir un produit financier composite et sécurisé. La valeur se crée artificiellement par un réseau qui décide de la valeur. Ce réseau est solidaire, c’est une entente et un trust. Un certain nombre de très grandes fortunes s’entendent sur le prix à donner à un objet. Le très haut marché, c’est-à-dire les œuvres au-dessus d’un million, est un marché totalement sécurisé puisqu’il est fondé sur un accord qui n’est pas public entre les personnes. En dessous, sur la partie moyenne qui n’arrive pas au million, il y a une spéculation dangereuse : si l’on achète, il faut revendre impérativement au plus vite, parce que le dernier qui ne pourra pas vendre va se retrouver avec une ardoise… C’est la fabrication d’une pyramide de Ponzi contrôlée et gérée. C’est une intelligence qui me fascine, parce que c’est quelque chose qui se fabrique tous les jours un peu mieux, le système se perfectionne à l’infini. Il y a évidemment des sacrifiés dans l’histoire, mais les plus hauts investisseurs dans cette histoire ne font jamais rien seuls, mais en réseau, parce qu’il ne faut jamais collectionner de l’art contemporain seul. L’art contemporain a pu survivre à la crise de 2008, parce qu’il s’est encore amélioré, et il est allé davantage vers un sens monétaire. C’est devenu une liquidité internationale puisque dans la globalisation, un certain nombre de gens font circuler de l’argent de poche sans que les douanes, les banques ou le fisc y mettent le nez…

Couverture Aude de KerosVous évoquez aussi cet art contemporain qui joue un rôle unificateur de l’humanité en conférant à chacun une place égale : chacun donne son avis, tout le monde a raison, tout le monde est artiste… N’est-ce pas aussi dans l’air du temps, où tout le monde est tout : on est écrivain quand on a un blog, cinéaste quand on publie une vidéo sur YouTube, chroniqueur ou éditorialiste quand on émet un avis à la télévision ou sur Internet sur les restaurateurs, les architectes, les décorateurs… Il n’y a plus de hiérarchisation avec des gens qui détiendraient le savoir au-dessus des autres…

Cette idée de hiérarchie est combattue depuis la guerre. C’est même un travail de fond qui a été mené, consistant à donner à chaque personne l’illusion qu’elle a le pouvoir. On a inventé un système politique qui ferait souffrir le moins possible les personnes qui sont obligées d’obéir. On est soumis sans le savoir. Le narcissisme de chaque personne est protégé par un monde d’illusions qui rend la vie plus heureuse que lorsque l’on voit la réalité. Cela dit, un système de ce genre qui évite de souffrir a un inconvénient : c’est qu’il n’est pas vrai ! Peut-on vivre en dehors de la réalité et dans le mensonge ? On ne peut être libre soi-même que si l’on peut choisir et parce que l’on a compris où étaient les possibilités. Tous les jours, les gens sentent que c’est un monde qui s’écroule et qui ressemble beaucoup à l’utopie d’Aldous Huxley. Il y a deux utopies qui expliquent le XXe siècle : celle d’Orwell qui raconte le système soviétique, avec une dictature, et puis Huxley qui présente un mode soft et doux de la dictature. C’est cette dictature que nous vivons tous les jours.

Ce système va-t-il céder ? Vous racontez qu’il s’est déjà effondré après la chute du mur de Berlin et que nous sommes donc dans la période du deuxième art contemporain…

Le premier art contemporain a connu une crise en même temps que la crise boursière. Dans les années 80, il y a eu une immense spéculation individuelle, qui n’était pas faite en réseau, donc il n’y avait pas de possibilité de se rattraper. Quand la bourse est tombée, tout l’art contemporain est tombé aussi, mais pas seulement, c’est l’art dans son ensemble. Dans les années 80, vous aviez deux marchés différents, celui de l’art et celui de l’art contemporain, et les deux fonctionnaient. C’est pour cette raison que je dis que les deux arts peuvent coexister, parce que ce n’est pas le même monde et ce n’est pas la même chose.

Vous dénoncez également cette disparition des mots et du vocabulaire, avec une classification simplifiée, par exemple à travers le terme de peinture, tout ceci pour faciliter ce grand mouvement où tout le monde fait tout et n’importe quoi…

C’est toujours le maintien de l’illusion ! Mais il y a des bons côtés à cela. Aujourd’hui, on prend un crayon et on n’a plus aucun complexe. Il y a un côté thérapeutique de l’art que beaucoup de gens qui ont des ennuis dans leur vie pratiquent. C’est une bonne chose que ce soit accessible au plus grand nombre. Simplement, il ne faut pas que cela empêche ceux qui ont du génie ou un grand talent d’apparaître… Avant, quelqu’un qui avait la passion du dessin pouvait commencer à se former et il pouvait trouver des maîtres. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Il faut trouver quelqu’un qui sait pour vous apprendre, car c’est en apprenant que l’on fait des progrès. Aujourd’hui, on trouve difficilement des maîtres et l’on ne se rend même pas compte que l’on peut progresser et se dépasser. On fait cela uniquement pour s’exprimer, en pensant que cela intéressera tout le monde, ce qui est malheureusement faux. Quand ce genre de choses arrive, c’est la fin de la civilisation.

Enfin, la France est dans une situation particulière dans le monde, puisque c’est l’État qui gère l’art et aucune place n’est laissée à d’autres formes d’expression…

C’est un modèle unique au monde qui fait qu’aucun artiste français n’est connu dans le monde, même contemporain, alors que l’État bichonne les artistes contemporains dès la naissance en s’occupant de leurs études et de leurs expositions ! Il y a une pépinière de jeunes artistes contemporains qui sont bichonnés par le ministère et les autres artistes n’existent pas : ils sont obligés d’aller à l’étranger pour avoir des galeries qui les défendent. Je ne dis pas que les galeries françaises ne défendent pas les artistes, pas du tout. Mais elles ont une telle concurrence de l’État, avec tous les médias absorbés par ce système, qu’ils n’ont plus de visibilité. Les artistes qui ne sont pas dans l’art contemporain sont invisibles en France. En France, on nous a enlevé les lieux de consécration, qui sont entre les mains de l’État, et donc la visibilité. Les galeries ne peuvent plus aider les artistes à se faire connaître en raison de la concurrence déloyale de l’État. Ce qui est surprenant, c’est que les élites françaises ignorent totalement que l’État français a pris le pouvoir artistique et culturel il y a 30 ans…

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Comentariu publicat de page francaise pe August 23, 2016 la 12:22pm

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