altmarius

cultură şi spiritualitate

Siècle après siècle, depuis l’Antiquité, le peuple arménien a fait face aux infortunes de l’Histoire. À quel feu sacré cette nation singulière, aujourd’hui l’une des plus anciennes du monde, a-t-elle forgé la résistance nécessaire à sa survie ?
Publié le 24/11/2020 à 13h35 I Mis à jour le 15/12/2020 à 15h06



533899788

Lever de soleil sur le mont Ararat (aujourd’hui en Turquie) et le monastère Khor Virap en Arménie, où, selon la légende, le roi païen Tiridate IV aurait emprisonné saint Grégoire l’Illuminateur • ISTOCKPHOTO

Depuis combien de temps les Arméniens vivaient-ils sur le sol ancestral dont ils furent exterminés par le génocide de 1915 ? La plupart d’entre eux descendent des Ourartiens, qui unifièrent tout l’Est anatolien de 860 à 590 av. J.-C. Ceux-ci avaient pour ancêtres les Hourrites, déjà présents au IIIe millénaire av. J.-C. Du point de vue culturel, l’arménien est une langue indo-européenne venue des Balkans, qui s’est implantée en Asie Mineure à la fin du IImillénaire av. J.-C. Cela fait donc au moins 3 000 ans, peut-être même plus de 5 000 ans, que les Arméniens sont présents sur la terre de leurs aïeux.

Un relief tourmenté

Le massif arménien est sillonné de chaînes montagneuses, surplombées par des cimes volcaniques comme le mont Ararat, haut de 5 165 mètres, aujourd’hui en Turquie. Le compartimentage de ce relief tourmenté est la donnée première du destin de l’Arménie. Chaque canton était régi par un clan patriarcal. En cas de guerre, on se liguait avec les vallées voisines : le contingent apporté par chacun était fixé par la coutume. Ces principes ont perduré dans tous les royaumes qui se formèrent, par intermittence, sous la domination perse (557-331 av. J.-C.), puis sous les dynasties orontide (331-188 av. J.-C.), artaxiade (188 av. J.-C.-1 apr. J.-C.), arsacide (66-428) et bagratide (884-1045).

On se gardera de parler de féodalisme. Le roi n’est pas le suzerain des princes qui l’entourent. Aucun ne lui jure allégeance, mais ils sont tous ses pairs, partageant avec lui les fonctions régaliennes, héréditairement réparties entre les familles. Ce système politique est appelé « le dynastisme ». Le plus grand monarque arménien, Tigrane II (95-55 av. J.-C.), dont l’empire comprenait l’Arménie, le nord de la Mésopotamie et la Syrie, déjà fortement hellénisée, s’efforça en vain d’imposer à tous ses sujets une administration centralisée : les dynastes se liguèrent contre lui, entravant sa défense contre les armées romaines. Finalement, Tigrane fut vaincu par le général Pompée, qui lui confisqua ses conquêtes, mais lui laissa l’Arménie.

Le roi Tiridate se convertit

Tout en gardant sa gouvernance, le pays devint « ami et allié du peuple romain », précieuse réserve de soldats intrépides, aguerris au combat sur les terrains les plus difficiles. En 298, Dioclétien installa sur le trône Tiridate IV, chargé de persécuter les chrétiens. La légende rapporte qu’il fut changé en porc sauvage pour avoir massacré 40 religieuses, puis retrouva la forme humaine grâce à la catéchèse d’un saint homme venu de Cappadoce, Grégoire l’Illuminateur, qu’il avait torturé et jeté dans un cul-de-basse-fosse.

En fait, Tiridate se laissa convaincre par le parti chrétien de sa cour de rejeter l’antique religion mazdéiste, fondée sur le culte d’Ahura Mazda, et de régner non plus par la grâce de César, mais au nom du Dieu tout-puissant. Détruisant tous les temples païens, il fait consacrer Grégoire évêque d’Arménie par le métropolite de Césarée en 314, mais ne change rien à la gouvernance du royaume. Les dynastes conservent leurs principautés. Les familles patriarcales maintiennent l’indivision des biens à tous les niveaux de la société. Les offices restent héréditaires, avec les bénéfices qui leur sont attachés. Ainsi, les jeunes prêtres arméniens, qui succèdent aux premiers missionnaires chrétiens, sont les fils des anciens prêtres païens, de sorte que les domaines des temples, transférés aux églises, continuent d’appartenir aux mêmes familles. Le sacerdoce se transmet de père en fils.

Naissance de l’alphabet arménien

Jusqu’à la fin du IVe siècle, l’arménien ne s’écrivait pas. Cependant, le christianisme était une religion de l’écrit. La liturgie exigeait la lecture d’un grand nombre d’extraits bibliques, que l’on ne trouvait qu’en grec ou en syriaque. Au début, on faisait appel à des lecteurs-traducteurs, déchiffrant et interprétant sur-le-champ le texte en arménien. Mais il était difficile de former de tels virtuoses. C’est pourquoi, en 405, le religieux Mesrop Machtots créa l’alphabet arménien et traduisit la Bible.

Cet événement eut une portée considérable. Désormais, partout où ils vivraient, même sous domination étrangère, les Arméniens pratiqueraient la même liturgie et correspondraient entre eux dans la même écriture, propre à leur nation. Du Ve au VIIIe siècle, les clercs arméniens traduisirent les œuvres majeures de la patristique grecque et de la science antique. On a conservé en arménien des textes dont l’original est perdu, comme des écrits d’Irénée de Lyon et de Philon d’Alexandrie, ou encore la Chronique universelle d’Eusèbe de Césarée, source irremplaçable sur l’Égypte et la Mésopotamie. Mieux encore, les Arméniens devinrent un peuple d’historiens, relatant le destin, souvent tragique, de leur nation chrétienne.

En 451, le roi des Perses écrase les Arméniens à la bataille d’Avaraïr et prétend imposer à l’Arménie le zoroastrisme. Le christianisme y devient alors une religion martyriale et identitaire.

Emboîtement pyramidal d’obligations coutumières, le dynastisme arménien n’avait pas besoin d’une structure étatique pour se maintenir : il survécut à l’abolition du royaume par les Perses en 428. En 451, le roi des Perses prétendit imposer à l’Arménie le zoroastrisme, variante réformée du mazdéisme. Inférieurs en nombre, les Arméniens périrent à la bataille d’Avaraïr, écrasés sous les éléphants de combat. Désormais, le christianisme devint une religion martyriale et identitaire. En 553, la rupture avec l’Église grecque, à propos du concile de Chalcédoine de 451, dota l’Église arménienne d’une confession spécifique et la libéra de toute tutelle extérieure.

La fin des dynastes arméniens

En 652, les Arabes furent eux aussi obligés de ménager les Arméniens. Voyant en eux les gardiens des frontières du Caucase, rempart contre la barbarie des steppes, ils se contentèrent d’abord d’un protectorat. Toutefois, après 745, lorsque les califes abbassides dominèrent l’Asie centrale, ils imposèrent à l’Arménie l’administration directe et la colonisation. Mais, contrairement au Proche-Orient, l’Arménie ne fut pas islamisée. À la fin du IXsiècle, elle parvint à recouvrer une certaine indépendance, en fait sinon en droit. Affaibli par la reconquête byzantine, le calife accorda, en 884, au prince des princes Achot Bagratouni le titre de « roi d’Arménie et de Géorgie » ; mais il ne l’autorisa pas à battre monnaie.

Le pays se couvre alors de monastères, où l’on enlumine de riches manuscrits. Composées vers l’an mil, les Paroles à Dieu de Grégoire de Narek marquent l’apogée de la poésie arménienne. Malgré cette extraordinaire renaissance architecturale, artistique et littéraire, luttes et rivalités entre les dynastes continuent comme avant, attisées par les gouverneurs arabes. En 908, Gaguik Artsrouni, constructeur de l’église d’Aghtamar sur une île du lac de Van, obtient la création d’un royaume rival de celui des Bagratouni. Par la suite, d’autres royaumes apparaissent. Ce morcellement politique facilite l’annexion byzantine. Cependant, les Byzantins n’avaient pas les moyens de garder leurs conquêtes. Après la prise de la métropole d’Ani par Alp Arslan, en 1064, toute l’Asie Mineure fut envahie par les Turcs seldjoukides.

Le dynastisme arménien fut d’abord entamé par des formes de gouvernance étrangères. À la fin du XIe siècle, le roi David de Géorgie s’émancipa des Seldjoukides et leur arracha toute l’Arménie du Nord-Est. Il y instaura un régime que l’on peut qualifier de féodalisme, en raison du lien personnel de vassalité entre le souverain et les princes ; cette situation dura jusqu’au XIVe siècle, même après les invasions mongoles.

En Cilicie, une région du sud de l’Anatolie où les Arméniens s’étaient retranchés contre les Seldjoukides derrière les monts Taurus, le prince Lévon se fait reconnaître roi, en 1198, par le pape et l’empereur romano-germanique. Il impose un régime féodal calqué sur l’Occident. Le code de lois cilicien, les Assises d’Antioche, est traduit du français en arménien. Grâce à l’alliance mongole, l’Arménie cilicienne perdure jusqu’en 1375.

Au XVIe siècle, la conquête ottomane de l’Anatolie éradique les dynastes arméniens. Dès lors, l’Église arménienne, indépendante des autres confessions chrétiennes, est le seul rempart de la cohésion nationale en péril. Livrés aux propriétaires musulmans, les paysans n’ont d’abord pour uniques instructeurs que des prêtres de villages. Très loin de là, l’évêque de Constantinople, qui revendique le titre de patriarche, parvient graduellement à faire reconnaître son autorité juridictionnelle sur l’ensemble des Arméniens de l’Empire ottoman. Il reprend le contrôle des monastères, qui, en terre d’islam, conservent leurs domaines à titre de vakıf, c’est-à-dire de « fondations religieuses ».

Les moines parviennent ainsi à sauver les manuscrits, conscience historique de leur peuple. En 1717, Mékhitar de Sébaste, converti au catholicisme par un missionnaire jésuite, installe sur l’île de San Lazzaro, à Venise, une congrégation arménienne vouée à l’étude et à l’enseignement. Les mékhitaristes fondent l’arménologie comme discipline scientifique et forment dans leurs collèges les futures élites arméniennes de l’Empire ottoman.

Espoirs d’émancipation

Au début du XIXe siècle, la communauté arménienne de Constantinople était en pleine mutation. Elle était dominée jusqu’alors par les amiras, une centaine de familles à qui leurs compétences assurent depuis des générations d’importantes fonctions auprès du sultan : banquiers, architectes et joailliers du palais, chefs de la monnaie, des arsenaux et des poudreries, etc. Mais les corporations artisanales contestent de plus en plus leur pouvoir et arrachent, pour leurs enfants, en 1838, l’accès au collège patriarcal de Scutari.

Dès lors commence la politisation à l’européenne des milieux arméniens de la capitale. Après la guerre de Crimée (1853-1856), l’État ottoman est en cessation de paiements. Prenant en main la gestion de la dette, les créanciers européens exigent des réformes. En 1860, le sultan publie un « Règlement de la nation arménienne », entourant le patriarche d’un conseil élu. Prenant ce conseil pour un Parlement, les Arméniens y ouvrent des débats politiques.

Au XIXe siècle, les milieux arméniens de Constantinople se politisent à l’européenne.

En 1863, ils obtiennent la médiation de Napoléon III en faveur de leurs compatriotes de Zeytoun, qui avaient opposé une résistance armée aux troupes ottomanes venues exiger des impôts dont ils étaient légalement dispensés. La question arménienne s’internationalise. Selon le traité de Berlin de 1878, les puissances européennes sont collectivement garantes des réformes auxquelles le sultan est contraint de s’engager « dans les territoires habités par les Arméniens ».

Les partis arméniens révolutionnaires qui apparaissent vers 1887-1890 se réclament d’idéologies socialistes. Ils comptent sur les manifestations dans la capitale et l’autodéfense armée dans les campagnes pour forcer les puissances à tenir leurs promesses et à instituer l’autonomie arménienne dans l’Est anatolien. Naturellement le sultan Abdülhamid s’y oppose. C’est le début de luttes sanglantes qui conduiront aux massacres de 1895-1896, ordonnés par le sultan et qui feront 300 000 victimes. Le génocide de 1915 est perpétré sous le gouvernement des Jeunes-Turcs, vainqueurs de la révolution de 1908.

Pour en savoir plus
L’Arménie à l’épreuve des siècles, A. et Jean-Pierre Mahé, Gallimard, 2005.
Histoire de l’Arménie, des origines à nos jours, A. et Jean-Pierre Mahé, Perrin, 2012.

Chronologie
95-55 av. J.-C.

L’empire de Tigrane II le Grand s’étend de la Méditerranée à la Caspienne. Luttant contre le conservatisme des princes, Tigrane ouvre son pays à la modernité, mais Pompée lui confisque ses conquêtes.
301-314 apr. J.-C.
Baptême du roi Tiridate et consécration épiscopale de Grégoire l’Illuminateur. Premier État chrétien du monde, l’Arménie affirme son identité face aux Empires romain et sassanide.
405 apr. J.-C.
Mesrop Machtots crée l’alphabet arménien et traduit la Bible avec le catholicos Sahak. Le pays, divisé entre les Empires byzantin et sassanide, prend conscience de son destin historique.
1064
Les Seldjoukides prennent Ani, la « ville aux mille églises », à l’est de Kars (actuelle Turquie). L’Empire byzantin est envahi. De nombreux Arméniens se retranchent en Cilicie, en Asie Mineure et dans les Balkans.
22-28 mai 1918
Encadrés par d’anciens officiers du tsar, les volontaires arméniens bloquent l’avancée des Turcs à Sardarapat, dans la plaine de l’Araxe : ils sauvent la province d’Erevan, future capitale de la République arménienne.



Vizualizări: 1

Adaugă un comentariu

Pentru a putea adăuga comentarii trebuie să fii membru al altmarius !

Alătură-te reţelei altmarius

STATISTICI

Free counters!
Din 15 iunie 2009

206 state 

(ultimul: Ciad)

Numar de steaguri: 270

Record vizitatori:    8,782 (3.04.2011)

Record clickuri:

 16,676 (3.04.2011)

Steaguri lipsa: 36

1 stat are peste 700,000 clickuri (Romania)

1 stat are peste 100.000 clickuri (USA)

1 stat are peste 50,000 clickuri (Moldova)

2 state au peste 20,000  clickuri (Italia,  Germania)

1 stat are peste 10.000 clickuri (Franta)

6 state au peste 5.000 clickuri (Olanda, Belgia, Marea Britanie, Canada, UngariaSpania )

10 state au peste 1,000 clickuri (Polonia, Rusia,  Australia, IrlandaIsraelGreciaElvetia ,  Brazilia, Suedia, Austria)

50 state au peste 100 clickuri

20 state au un click

Website seo score
Powered by WebStatsDomain

DE URMĂRIT

1.EDITURA HOFFMAN

https://www.editurahoffman.ro/

2. EDITURA ISTROS

https://www.muzeulbrailei.ro/editura-istros/

3.EDITURA UNIVERSITATII CUZA - IASI

https://www.editura.uaic.ro/produse/editura/ultimele-aparitii/1

4. PRINTRE CARTI

http://www.printrecarti.ro/

5. ANTICARIAT ALBERT

http://anticariatalbert.com/

6. ANTICARIAT ODIN 

http://anticariat-odin.ro/

7. TARGUL CARTII

http://www.targulcartii.ro/

8. MAGAZINUL DE CARTE

http://www.magazinul-de-carte.ro/

9. ANTICARIAT PLUS

http://www.anticariatplus.ro/

10. CARTEA DE CITIT

http://www.carteadecitit.ro 11. ANTICARIAT ON-LINE
http://www.carti-online.com/

12. PALATUL VECHITURILOR

https://www.palatulvechiturilor.ro/carti

13. ANTICARIATUL NOU

http://www.anticariatulnou.ro

14. ANTICARIAT NOU

https://anticariatnou.wordpress.com/

15. ANTICARIAT ALEPH

https://www.anticariataleph.ro/

16. ANTIKVARIUM.RO

http://antikvarium.ro

17.ANTIKVARIUS.RO

https://www.antikvarius.ro/

18. EDITURA CASA CĂRȚII

https://www.casacartii.ro/editura/

19.EDITURA MEGA

https://edituramega.ro/

20. TIMBREE

www.timbree.ro

21. FILATELIE

 http://www.romaniastamps.com/

22 MAX

http://romanianstampnews.blogspot.com

23.LIBREX

https://www.librex.ro/search/editura+polirom/?q=editura+polirom

24. LIBMAG

https://www.libmag.ro/carti-la-preturi-sub-10-lei/filtre/edituri/polirom/

25. DAFFY'S BOOKS

https://www.daffisbooks.ro/toate-produsele/filtre/3f-editura,polirom

26. MAGIA MUNTELUI

http://magiamuntelui.blogspot.com

27. RAZVAN CODRESCU
http://razvan-codrescu.blogspot.ro/

28.RADIO ARHIVE

https://www.facebook.com/RadioArhive/

29.NATIONAL GEOGRAPHIC ROMANIA

https://www.natgeo.ro/revista

30. SA NU UITAM

http://sanuuitam.blogspot.ro/

31. LIBRĂRIA DELFIN

https://www.librariadelfin.ro/librarie-virtuala/carti-noi

32. CERTITUDINEA

www.certitudinea.com

Anunturi

Licenţa Creative Commons Această retea este pusă la dispoziţie sub Licenţa Atribuire-Necomercial-FărăModificări 3.0 România Creativ

Note

Hoffman - Jurnalul cărților esențiale

1. Radu Sorescu -  Petre Tutea. Viata si opera

2. Zaharia Stancu  - Jocul cu moartea

3. Mihail Sebastian - Orasul cu salcimi

4. Ioan Slavici - Inchisorile mele

5. Gib Mihaescu -  Donna Alba

6. Liviu Rebreanu - Ion

7. Cella Serghi - Pinza de paianjen

8. Zaharia Stancu -  Descult

9. Henriette Yvonne Stahl - Intre zi si noapte

10.Mihail Sebastian - De doua mii de ani

11. George Calinescu Cartea nuntii

12. Cella Serghi Pe firul de paianjen…

Continuare

Creat de altmariusclassic Dec 23, 2020 at 11:45am. Actualizat ultima dată de altmariusclassic Ian 24, 2021.

© 2022   Created by altmarius.   Oferit de

Embleme  |  Raportare eroare  |  Termeni de utilizare a serviciilor